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15/09/2010

L'hôpital AZ Sint-Jan de Bruges est également prêt à pratiquer une greffe du visage

 

Le congrès européen de chirurgie maxillo-faciale convie le célèbre chirurgien français, le Dr Bernard Devauchelle à Bruges    

L'EACMFS (European Association for Cranio-Maxillo-Facial Surgery) organise à Bruges, du 14 au 17 septembre inclus, son 20e congrès de chirurgie maxillo-faciale dont le thème central est l'allogreffe de face.  Le président européen de cette association, qui préside également le congrès, n'est autre que le Pr belge Maurice Mommaerts qui, en sa qualité de chef de clinique du service de chirurgie maxillo-faciale et coordinateur du Centre de Malformations Craniofaciales est associé à l’AZ Sint-Jan Campus de Bruges. ll a invité comme principal orateur à ce congrès, le célèbre chirurgien maxillofacial, le Pr Bernard Devauchelle du Centre hospitalier universitaire d'Amiens. Il viendra présenter au congrès son Institut Faire Face/Facing Face Institute qui veut assurer la coordination de la recherche européenne en matière de défigurement et transplantations faciales.

 

Le savoir-faire est présent aussi en Belgique  

 

Mais en Belgique aussi, les choses bougent… L'équipe brugeoise de 30 collaborateurs réunie autour du Pr. Maurice Mommaerts de l'AZ Sint-Jan dispose à présent de tout le savoir-faire et de l'expérience nécessaire pour pratiquer une greffe du visage en Belgique, en collaboration et avec le soutien du tout nouvel Institut Faire Face du Pr Bernard Devauchelle et de sa collaboratrice, la Pr Sylvie Testelin. Bien qu'un certain nombre de patients puissent entrer en ligne de compte pour ce type d'intervention, les exigences liées à la compatibilité (tissu et psychologie) sont grandes. La question est à présent de savoir s'il est possible de sensibiliser le Belge moyen pour qu'il accepte, en plus du don d'organes, de renoncer à son propre visage ou à celui d'un membre de sa famille décédé. Et l'INAMI devrait également mettre la main au portefeuille en proposant un remboursement à vie des médicaments nécessaires après l'intervention. Les discussions préparatoires avec l'INAMI à ce sujet sont toujours en cours. Une décision est attendue pour mi-septembre.

 

Une première en France

 

Depuis décembre 2002, la transplantation faciale est devenue une réalité clinique qui se heurtait à l'époque à la discussion éthique (temporaire) de savoir si le don de visage était possible sans toucher à la dignité humaine de la personne disparue et en restituant la personne intacte à sa famille. Une nouvelle étape historique a été franchie en 2005. C'est à cette époque que le Dr Bernard Devauchelle du Centre hospitalier universitaire d'Amiens et le Dr Jean-Michel Dubernard de l'Hôpital Edouard Herriot de Lyon ont pratiqué pendant 15 heures la première greffe réussie du triangle facial (nez-bouche-menton) sur Isabelle Dinoire, alors âgée de 38 ans, dont le visage avait été arraché par son chien.   Une équipe multidisciplinaire de 50 collaborateurs hautement qualifiés a assisté les deux chirurgiens avant, pendant et après l'opération qui a été pratiquée avec du tissu composite d'un donneur.   

 

Une réelle nécessité  

 

Les opérations du visage n'ont rien à voir avec une intervention esthétique mais sont une réelle nécessité pour restaurer la qualité de vie des patients souffrant d'un traumatisme facial. Il peut s'agir de victimes de : brûlures au plus haut degré; traumatismes balistiques ou accidentels (ex. blessures par balles au visage); malformations congénitales des vaisseaux sanguins (qui entraînent des déformations ou des malformations monstrueuses); et de la neurofibromatose congénitale (syndrome d'Elephant Man).  Outre l'acceptation sociale et la dignité retrouvée du patient/accepteur, la reconstruction/transplantation est également importante pour réparer les nerfs moteurs (mimique, parole, continence, déglutition, mastication, odorat) et les nerfs sensitifs (lèvres, yeux pour les réflexes). Avant la grande avancée de 2005, bon nombre de patients devaient bien souvent être opérés 10 à 20 fois pour leur redonner un visage ou une identité socialement acceptable mais il leur manquait toujours la forme, le volume, la dynamique et la motricité. La technique actuelle de transplantation faciale vise non seulement à restaurer le volume, la forme et la couleur mais également la dynamique et les sensations.

 

Quelle est la technique ?

On travaille pour l'instant avec des tissus composites d'un donneur. Après la transplantation, on ajoute également de la moelle osseuse de l'accepteur afin de réduire le risque de rejet du tissu greffé. Un rejet ne peut être totalement exclu que par une médication à vie car le patient greffé court toujours un risque d'infections virales et bactériennes, d'obésité, de migraines, d'atteinte des organes vitaux... en un mot, un affaiblissement immunitaire général. Une recherche scientifique poussée et la mise au point d'une meilleure médication anti-rejet devraient pouvoir déjà diminuer les complications infectieuses et toxiques pour les organes

 

Tissue Engineering

 

Dans un avenir lointain, la transplantation pourrait avoir recours à la technique du Tissue Engineering, qui utilise des tissus prélevés sur le patient lui-même, de manière à rendre toute médication inutile. À Kiel, on a cultivé une mâchoire inférieure sous la peau du dos d'un patient, par stimulation de cellules souches.   Cette forme d'engineering a encore un long chemin à parcourir avant de pouvoir créer des tissus composites à partir de cellules souches du patient ou d'embryons. L'autre stratégie va probablement l'emporter à court terme : induire la tolérance du tissu d'un autre individu. Des greffes de la face et de la main vont ainsi être de plus en plus pratiquées. Quant à l'aspect éthique du don, on dispose déjà à présent d'une solution. Dès le moment où le visage est prélevé, une prothèse faciale fidèle à l'original est fabriquée, ce qui permet de rendre la personne décédée dans un état intact à sa famille. L'acceptation du visage d'un autre ou la crainte de rencontrer son bien-aimé dans la rue étaient dignes d'un débat philosophique il y a 10 ans mais ces considérations semblent être dénuées de sens dans la pratique. Les yeux ne sont en effet pas transplantés, ni les sourcils. La greffe ne porte bien souvent que sur une partie du visage.   L'accepteur reste identifiable en tant qu'individu et les tissus mous du donneur se déposent sur l'os sous-jacent et changent quelque peu de forme.

 

Un problème technique

 

Enfin, il reste encore toujours un problème d'ordre technique. Quels vaisseaux doivent être reliés par microchirurgie pour que le sang irrigue parfaitement le greffon ? Ce problème fait actuellement l'objet d'une étude à Amiens (CHU), à Bruxelles (UCL – Pr. Benoît Lengelé) et à Bruges (AZ Sint-Jan – Pr. M. Mommaerts), en collaboration avec l'université Semmelweis de Budapest. Le tandem Bruges/Budapest a entre-temps constaté que tant la partie antérieure de la mâchoire inférieure que toute la mâchoire supérieure peuvent vivre sur des vaisseaux et des artères superficielles et pas uniquement sur des artères et des veines profondes du cou. Cela simplifie les choses sur le plan chirurgical vu que la peau et les muscles du cou ne doivent plus être greffés pour réparer un défaut « limité » (forme du nez, lèvres, partie de la mâchoire supérieure et mâchoire inférieure). Ce type de défaut semble en outre se produire le plus souvent lors d'un traumatisme balistique ou accidentel. Les résultats de cette recherche seront également présentés au congrès de Bruges devant 1 300 chirurgiens maxillofaciaux.

 

Informations sur le Congrès EACMFS: http://www.eacmfs2010.org/.  Du 14 au 17 septembre inclus au Concertgebouw et à l'Oud Sint-Jan de Bruges.

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