Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

16/06/2010

Lancement d’une grande étude européenne pour identifier les facteurs environnementaux et génétiques dans les troubles psychotiques

 

 

La schizophrénie et les troubles psychotiques font partie des pathologies les plus coûteuses et les plus mystérieuses des maladies mentales. Elles sont non seulement responsables d’un coût sociétal considérable, mais surtout d’une terrible souffrance infligée aux patients et à leurs proches. Près de 2% à 3 % des jeunes adultes et des adolescents développeront un trouble psychotique, souvent marqué par une évolution chronique, nécessitant de suivre des traitements à vie. Les troubles psychotiques constituent un challenge majeur pour les chercheurs:

1. ils sont très variables d’un patient à l’autre et au cours de la vie ;

2. les personnes qui sont atteintes ignorent souvent l’être et ne sont donc pas toujours prêtes à se soigner, ni à participer aux recherches pourtant nécessaires pour améliorer la compréhension des troubles et les innovations thérapeutiques ;

3. les troubles psychotiques, encore considérés comme un symbole de folie, font l’objet d’une importante stigmatisation et ne sont donc pas une priorité de santé publique, alors même que le jeune âge des patients et la prise en charge à vie indispensable, justifieraient qu’ils le deviennent.

Ce n’est que depuis la dernière décennie, que les progrès méthodologiques permettent d’espérer identifier les causes des troubles psychotiques. De fait, en mai 2010, la communauté européenne vient de lancer une grande étude collaborative sur la recherche des facteurs génétiques et environnementaux des troubles psychotiques, dotée d’un budget de 10 M€. En France, cette étude est mise en place sous l’égide de la fondation FondaMental, fondation de coopération scientifique, reconnue d’utilité publique, créée par le Ministère de la Recherche. Cette étude qui a débuté en juin 2010, sera mise en place dans deux régions françaises, l’une urbaine, la région du Val de Marne (Créteil, Boissy, Maisons-Alfort) et l’autre, une région rurale (Puy-de-Dôme), afin de pouvoir comparer l’impact des facteurs génétiques et environnementaux dans des régions aux caractéristiques très différentes.

Trouver les causes de la schizophrénie et des troubles psychotiques

Les études épidémiologiques ont mis en évidence que la fréquence des troubles psychotiques varie de manière substantielle sous l’influence de facteurs environnementaux, en particulier chez les enfants et adolescents des sociétés européennes. De fait, plusieurs études ont montré que les enfants qui grandissent dans les grandes villes ont un risque deux fois plus élevé de développer une schizophrénie que les enfants élevés en milieu rural. Bien que ce facteur n’ait pas été étudié en France et bien qu’on ignore les mécanismes mis en jeu, il est établi que 25 % des cas de schizophrénie sont expliqués par l’urbanicité. En raison du taux élevé d’urbanicité dans les pays européens, il apparaît clairement que ce sujet de recherche doit être une priorité. En outre, il a été clairement démontré que les populations de migrants arrivant en Europe, ont un risque de développer une schizophrénie plus élevée que leur population d’origine et que les populations qui les accueillent. Enfin, la schizophrénie constitue l’un des risques liés à la consommation de cannabis. Or le cannabis est la drogue la plus utilisée en Europe. Jusqu’alors, ses effets étaient considérés comme peu dangereux, mais de nombreuses études ont clairement démontré que l’usage de cannabis, et tout particulièrement à fortes doses chez les adolescents, augmente le risque de survenue de troubles psychotiques. Le risque n’est pas très élevé, mais compte tenu de l’importance de la consommation de cannabis, ce risque faible devient un facteur majeur en termes de santé publique. Par ailleurs, de nombreuses recherches ont également établi un lien entre traumatisme durant l’enfance et survenue ultérieure de troubles psychotiques. Près de 15% de la population en Europe a été victime de maltraitance ou de négligence pendant l’enfance. La mise en évidence d’un tel lien est remarquablement consistante. La quasi totalité de ces données n’ont jusqu’à présent pas fait l’objet d’études systématiques en France.

Interactions gènes et environnement

Les études de jumeaux ont mis en évidence de manière répétée, que près de la moitié de la vulnérabilité à la schizophrénie est d’origine génétique. Cependant, malgré d’énormes investissements, il n’a pas été possible d’identifier des variants génétiques sous-tendant la vulnérabilité à la schizophrénie. De nombreuses raisons expliquent cette situation, mais tout particulièrement, la notion d’interactions entre facteurs de vulnérabilité génétique et environnementaux. Cette notion traduit le fait que les gènes qui influent le risque de développer une schizophrénie, ne le font probablement pas directement, mais indirectement, rendant certains individus plus sensibles aux effets des facteurs de risque environnementaux (comme la prise de cannabis, la migration, l’urbanicité et les traumatismes pendant l’enfance).

Pour parvenir à identifier les causes des troubles psychotiques, il est donc nécessaire de réunir les scientifiques qui travaillent sur les facteurs génétiques et environnementaux dans la schizophrénie dans un et unique projet. C’est chose faite avec le 7 

ème  programme cadre de la  communauté européenne qui vient de lancer le projet EUxGEI, qui réunit des chercheurs et des cliniciens français mais aussi des Pays-Bas, de Grande-Bretagne, d’Allemagne, de Belgique, de Grèce, de Turquie, d’Irlande, d’Espagne, de Suisse, d’Italie, d’Autriche, du Brésil et de Hong-Kong. Plus de 7500 patients et leurs familles y parti ciperont.

Les commentaires sont fermés.