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25/03/2010

Alli est trop souvent vendue à des personnes qui n'en ont pas besoin

La pilule amaigrissante Alli est vendue par les pharmaciens à des personnes qui n'en ont pas besoin, a estimé jeudi Test-Achats lors de la présentation de son bilan de santé 2009. Pour l'organisation consumériste, il s'agit d'une "pilule miracle chère, douteuse et sans véritable effet qui est pourtant en vente libre et fortement médiatisée". Selon diverses études scientifiques et les indications contenues dans la notice, le médicament Alli est destiné aux adultes ayant un indice de masse corporelle (IMC) supérieur ou égal à 28 et même pour les personnes présentant ce profil, des conseils avisés restent utiles.

Pour l'enquête publiée dans le dernier Test-Santé, trois enquêtrices ont visité une quarantaine de pharmacies dans sept villes. La première était une jeune fille de 17 ans avec un IMC de 21, la seconde était une femme adulte avec un IMC de 24-25 et la troisième était une femme adulte ayant un IMC de 28.

22 pharmacies sur 40 ont vendu Alli à la jeune fille et 26 pharmacies sur 39 l'ont vendue à la femme ayant un IMC de 24-25.

Pour la troisième enquêtrice, 21 pharmaciens sur 35 ne se sont pas renseignés sur son IMC, 14 sur 35 n'ont pas mentionné les éventuels effets secondaires et seulement 7 sur 35 se sont interrogés sur les autres médicaments pris par la patiente.

Test-Achats déplore ces ventes injustifiées et considère que de tels médicaments ne doivent pas être délivrés sans prescription. L'organisation plaide pour que les "pharmaciens prennent davantage leurs responsabilités".

 

La délivrance d’Alli en pharmacie

Test Santé publie dans son dernier numéro une enquête-scénario menée auprès des pharmaciens. Trois enquêtrices ont visité une quarantaine de pharmacies dans sept villes. La première était une jeune fille de 17 ans avec un indice de masse corporelle (IMC) de 21, la seconde une femme adulte avec un IMC situé entre 24 et 25 et la troisième une femme adulte avec un IMC de 28. L’objectif était de se procurer une boîte de pilules amaigrissantes Alli. Cette pilule amaigrissante dont l’orlistat est le principe actif se trouve en vente libre depuis mai 2009. Une belle opportunité pour le pharmacien de jouer pleinement son rôle de conseiller. Parce qu’Alli ne s’adresse pas à n’importe qui. Selon diverses études scientifiques et d’après les indications de la notice, le médicament est uniquement destiné aux adultes ayant un IMC supérieur ou égal à 28. Un conseil avisé reste utile même si vous correspondez à ce profil, pour vous informer par exemple sur les éventuelles interactions avec d’autres médicaments ou encore sur les effets secondaires du traitement.

Délivrance même dans les cas non autorisés

Dans les deux premiers scénarios de l’enquête menée par Test-Achats, il était absolument inacceptable de délivrer Alli à la cliente. La jeune fille de 17 ans était trop jeune et son IMC trop bas. Dans le second scénario, même s’il s’agissait d’une cliente adulte, son IMC n’était pas suffisamment élevé pour justifier une cure d’Alli. Or, 22 des 40 officines visitées ont délivré une boîte d’Alli à la jeune fille de 17 ans. Dans le second scénario, l’enquêtrice a pu acheter une boîte d’Alli dans 26 des 39 pharmacies visitées.

Une information et des conseils souvent incomplets

Dans le 3 scénario, l’enquêtrice présentait par contre le profil adéquat. Test Santé s’est donc intéressé à la qualité de l’encadrement offert par le pharmacien. Vu que notre IMC n’est pas inscrit sur notre visage, le pharmacien devait en premier lieu se renseigner sur la taille et le poids de sa cliente pour calculer son IMC. Sur les 35 pharmaciens ayant délivré Alli dans ce scénario, 21 n’ont pas pris la peine de calculer cet indice et l’ont délivré. En raison des interactions et des incompatibilités possibles d’Alli avec d’autres médicaments et avec certaines affections, Test-Achats estime essentiel que le pharmacien interroge son client sur son état de santé. Seul un pharmacien sur cinq (7 pharmaciens sur les 35 ayant délivré Alli) s’est renseigné sur l’état de santé ou sur les médicaments que prenait notre enquêtrice. La moitié des pharmaciens visités n’a même pas expliqué en quoi Alli consistait. Même constat en ce qui concerne les effets secondaires : sur 35 pharmaciens, 14 ont complètement passé sous silence les éventuels effets secondaires du traitement.

Test-Achats déplore qu’une grande partie des pharmaciens visités fasse preuve d’une insouciance aussi manifeste dans leur rôle de conseil, rôle qui est pourtant considéré par le secteur comme le fondement même de l’exercice de la profession.

Les enquêteurs anonymes mettent le doigt sur la plaie

Même si les enquêtes-scénarios comme celle d’Alli n’ont pas la prétention d’offrir des conclusions représentatives, elles reflètent toutefois la situation dans un secteur précis à un moment donné. Test-Achats a récemment appliqué cette méthode pour plusieurs de ses publications, mettant ainsi le doigt sur des comportements inadmissibles.

Attitudes de prescription d’antibiotiques (TS 92). Les enquêteurs de Test-Achats se sont rendus chez 103 médecins généralistes en se plaignant d’un mal de gorge. Dans 40 cas, ils en sont ressortis avec une prescription pour un antibiotique, alors que ce médicament n’est pas indiqué pour le mal de gorge.

Centres de bronzage (TS 94). 68 centres de bronzage ont été visités par un adulte et par un adolescent de 15-16 ans. Selon la loi, l’accès aux centres de bronzage est interdit aux mineurs d’âge. Les exploitants sont en outre tenus d’afficher un certain nombre de mises en garde et d’instructions pour la sécurité de l’utilisateur. Une information qui faisait totalement défaut dans 14 centres. Sur l’ensemble des centres visités, seuls 25 préposés ont demandé l’âge ou la carte d’identité de notre mineur d’âge et 21 lui ont effectivement refusé l’accès au banc solaire.

Vente d’alcool aux mineurs  (TS 95). Deux adolescents (14 et 16 ans) avaient pour mission d’acheter de l’alcool (un alcopop ou une bouteille de vodka) dans 83 supermarchés et 46 night shops. La loi interdit la vente d’alcool aux mineurs d’âge. Or, dans 87% des magasins visités, les adolescents ont pu ressortir avec leur bouteille. Les jeunes n’ont dû présenter leur carte d’identité ou décliner leur âge que dans 15% des cas à peine.

Les patients ont droit à l’information … dont l’accès reste pourtant un point délicat

Chaque année, 125 000 Belges contractent une infection lors d’un séjour à l’hôpital. Quelque 2 600 patients décèdent des complications dues à cette infection. Des chiffres qui, pour les autorités, justifient largement que l’on surveille la situation de près. Et qui sont, pour le citoyen et le patient, un argument particulièrement convaincant pour réclamer des informations sur les performances des hôpitaux dans leur lutte contre les bactéries résistantes comme le SARM et ses équivalents. Les hôpitaux ont l’obligation de signaler certains types d’infections et de prendre certaines mesures. Les résultats, à part les données d’ordre général, ne sont pas publiés alors que l’intérêt du citoyen est justement de connaître les performances et les chiffres de chaque hôpital.

 

Test-Achats s’est donc glissé dans la peau d’un patient inquiet et, au cours de ces derniers mois, a écrit à diverses instances compétentes pour demander à recevoir ces documents. Précisons que l’État est supposé travailler en toute transparence et que tous les documents administratifs dont il dispose sont en principe du domaine public (à quelques exceptions près). Test-Achats s’est plus spécifiquement adressé au SPF Santé publique, à l’Institut scientifique de la Santé Publique ainsi qu’à des instances publiques wallonnes et flamandes. La Flandre a transmis les rapports d’audit des hôpitaux flamands. Partout ailleurs, la demande de Test-Achats a reçu une fin de non recevoir sous prétexte que l’association des consommateurs n’était pas habilitée à recevoir les informations demandées.

Test-Achats a donc décidé d’assigner à trois reprises le SPF Santé publique devant le Conseil d’État. C’est la première fois que Test-Achats se voit contraint d’engager une telle procédure. Mais l’enjeu est aussi de taille : en tant que citoyens, nous avons en effet le droit de disposer de cette information. De plus, la transparence ne peut qu’encourager les hôpitaux à mettre tout en oeuvre pour prévenir les infections nosocomiales.

Les patients se consolent sur Internet

Une enquête a été menée auprès de plus de 1 000 Belges via le site de Test- Achats. Ensuite, Test-Achats a organisé des tables rondes rassemblant cinq groupes d’entretien d’une dizaine de participants, en collaboration avec la faculté de pharmacie de KULeuven. L’étude a démontré que la principale motivation du patient était de s’impliquer davantage, grâce aux informations trouvées sur le net, dans sa santé et dans les décisions la concernant. Il souhaite que le médecin le considère comme un véritable interlocuteur. Malheureusement, à côté des données fiables que l’on trouve sur le net, le réseau regorge aussi d’informations biaisées, incomplètes et incorrectes en matière de santé. L’enquête menée auprès des groupes cibles a en outre démontré que beaucoup sont loin d’être conscients de ce fait dans la pratique. Dans ce contexte toujours, Test-Achats cite quelques exemples concrets où l’organisation est intervenue contre les pratiques illicites sur

Internet :

 www.cryo-save.com : le site de la banque privée de cellules souches. Cryo-Save publie des informations trompeuses et douteuses sur le sang du cordon ombilical. En divers endroits du site, l’organisme suggère à tort que la préservation de ses cellules souches en vue d’un usage personnel serait très utile. Test-Achats a déposé une plainte auprès de la Direction générale Contrôle et Médiation du SPF Économie. Un procèsverbal d’avertissement a été dressé et le site a été adapté. Ce qui n’empêche pas l’information d’être tout aussi trompeuse qu’avant, raison pour laquelle Test-Achats a déposé une seconde plainte.

www.cialis.be et http://www.diabetescare.be : Test-Achats a porté plainte l’an dernier contre ces deux sites de la firme Eli Lilly auprès de l’Agence des Médicaments. Ces deux sites contrevenaient en effet à l’interdiction de publicité pour les médicaments sur prescription. Les deux sites ont été fermés.

Qualité : mieux mesurer et mieux informer

Le patient est supposé donner son "consentement éclairé" lors de chaque traitement. Or, il dépend entièrement de la qualité de l’information qu’il reçoit. Test-Achats exige des actions énergiques en cas de violation de la législation et demande le développement, par les autorités publiques, d’une information indépendante sur la santé. Test-Achats a déjà souvent plaidé pour l’introduction d’indicateurs de qualité :des aspects mesurables qui permettraient de juger de la qualité des soins.

Quelques exemples : le nombre d’infections à SARM dans les hôpitaux, mesurer la consommation des désinfectants à base d’alcool dans le cadre des maladies nosocomiales (hygiène des mains)… Test-Achats estime que ces informations ne sont pas seulement utiles pour les prestataires de soins et les autorités publiques : elles le sont aussi pour le patient.

 

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