04/03/2010
La prématurité est le parent pauvre de nos politiques de santé publique
· En Belgique, 7,4 % de tous les nouveaux-nés viennent au monde trop tôt et environ 1-2% naissent avant la 32ème semaine de grossesse (2 mois trop tôt). Notre pays est l’un des pays Européens où le taux de naissances prématurées est le plus élevé avec l’Autriche, l’Allemagne, et l’Espagne.
· Une Table Ronde sur le sujet est organisée aujourd’hui à l’initiative de Madame Gerkens (Ecolo), Madame Detiège (sp-a) et Madame Avontroodt (Open VLD). L’occasion de déposer également un projet de résolution pour assurer une meilleure protection des plus vulnérables d’entre nous et mettre ainsi fin à une discrimination liée à l’âge de la prématurité.
· Réduire le nombre de naissances prématurées, minimiser leurs impacts sur la santé à court et à long terme ainsi que sur la vie des familles et les systèmes de santé, doivent être l’objectif d’une approche globale.
· Retrouvez toutes les informations sur http://www.bronchio.be/
Un récent audit mené auprès de 13 pays européens – dont la Belgique – par l’European Fondation for the Care of Newborn Infants (EFCNI) en 2009 montre que les politiques nationales en matière de prévention et de suivi des enfants nés prématurés sont pratiquement inexistantes. La Belgique affiche le même constat: aucune approche globale, difficultés administratives, peu ou pas de centralisation des données, prévention limitée des complications en matière de santé… A l’occasion de la Table Ronde sur la prématurité en Belgique, Madame Gerkens, Madame Avontroodt et Madame Detiège ont émis aujourd’hui différentes recommandations et déposé un projet de résolution afin de donner aux plus vulnérables d’entre nous les mêmes chances dès le départ.
Les conséquences et risques sur la santé de la prématurité sont lourds et multiples. Deux grands types de complications reviennent très souvent, les complications respiratoires et neurologiques. A court terme, les enfants nés bien avant terme sont particulièrement vulnérables aux problèmes collatéraux, par exemple une sensibilité accrue aux infections et aux maladies des voies respiratoires. En effet, le système respiratoire des prématurés n’est pas encore totalement opérationnel, les infections s’y développent donc plus facilement. Des études ont montrées que les bébés ayant souffert d’une infection respiratoire causée par un RSV ont plus de chances d’être réhospitalisé et/ou de devenir asthmatique par la suite. D’ailleurs les infections RSV, dont la bronchiolite est la plus fréquente, sont la première cause de réhospitalisation des prématurés et grande cause de morbidité.
Au niveau neurologique, les anomalies sont initialement absentes ou mineures, mais l’impact au court de l’évolution peut devenir majeur sur la qualité de la vie. Les déficits peuvent être neuro-moteurs et cognitifs, et mener à des difficultés scolaires, relationnelles et familiales.
Les 32-35 semaines mal protégés
Les deux grandes complications respiratoires et neurologiques pourraient être évitées et/ou minimisées grâce à une meilleure prévention et un suivi adapté de ces bébés. « Au niveau respiratoire, il convient d’éviter les expositions aux facteurs extérieurs comme la pollution, la fumée de cigarettes et les personnes infectées (fratrie, crèche, …) et d’apporter aux prématurés la meilleure prévention et le meilleur suivi possible. » déclare le le Dr Kalenga, néonatologue et chef de service des Soins Intensifs Néonatals du Centre Hospitalier Régional de Namur. « Au niveau des complications respiratoires, les données récentes suggèrent que les prématurés nés à 32-35ème semaines de grossesse et qui quittent plus vite l’hôpital que les grands prématurés, sont particulièrement sensibles aux infections virales respiratoires en hiver. Or aujourd’hui ils ne sont pas protégés contre les infections VRS n’ayant toujours pas accès au remboursement d’un traitement préventif contre la bronchiolite, alors même qu’ils font partie du groupe à risque. Il y a actuellement une discrimination liée à l’âge en Belgique qui est incohérente », conclut Maya Detiège, députée fédérale pour le sp-a.
Enfin le suivi à court, moyen et long terme (idéalement jusqu’à la fin de l’enseignement primaire) n’est ni standardisé ni remboursé. Le lieu de naissance et de prise en charge du bébé définit aujourd’hui encore la qualité des soins et du suivi dont il va pouvoir jouir. Au niveau neurologique, l’observation longitudinale multidisciplinaire (pédiatre, neurologue, kiné, psychologue, assistante sociale, …) de tous les prématurés est essentielle pour assurer un dépistage des troubles du développement neurologique et permettre une prise en charge précoce.
« En 2000, un consensus sur le suivi médical des prématurés était présenté à Bruxelles. 10 ans plus tard, aucun suivi spécifique n’a été implémenté. Cette insuffisance dans la politique a des conséquences lourdes pour les enfants, les parents et la société. Durant les mois d’hospitalisation en néonatalogie, des moyens humains, matériels et financiers exceptionnels sont mis en œuvre pour sauver la vie des prématurés. Mais après il n’y a souvent plus de suivi systématique sur le long terme. Alors même que ces enfants connaissent un développement différent que les enfants nés à terme et qu’il existe un risque clair de complications légères, moyennes ou graves au niveau moteur, mental, sensoriel ou psychologique. Les parents qui ne se voient pas offrir un bon follow-up à long terme et qui sont confrontés à des problèmes débutent alors un parcours du combattant pour trouver des aides adéquates, obtenir des diagnostics et transmettre les informations entre les divers interlocuteurs » déclare Yannick Verhaest, représentante de la VVOC, l’association Flamande des parents d’enfants en couveuse. « Un suivi spécialisé multi-disciplinaire est nécessaire si nous voulons donner les meilleures chances de développement à ces plus petits enfants » Il ne faut donc pas perdre de temps afin de ne pas pénaliser le potentiel d’autonomie future des enfants, pour ne pas favoriser l’apparition de séquelles associées. Le coût humain est inestimable, pour l’enfant et pour sa famille. Le coût financier, pour la société, est à long terme plus élevé.
Afin de remédier à cette situation, Madame Detiège, Madame Gerkens et Madame Avontroodt ont déposé aujourd’hui des recommandations à court et long terme en 4 points : l’enregistrement, le suivi, l’action à prendre et l’organisation/l’administration. De plus, pour offrir une réponse concrète aux prématurés et à leur famille, et ainsi répondre à l’urgence de la situation, elles ont également déposé un projet de résolutions contenant les actions pouvant rapidement être mise en place:
1. L’implantation d’un système d’enregistrement uniforme des naissances prématurées.
2. L’implantation d’un système de suivi uniforme, multidisciplinaire et systématique.
3. Assurer une prévention optimale des prématurés contre les infections qui sont les plus sévères au travers de l’élargissement du remboursement du traitement préventif contre la bronchiolite et une meilleure information des parents sur les facteurs externes favorisants.
«Organiser cette table ronde c’est donner une voix à la minorité silencieuse que représente les prématurés. La naissance est un événement heureux et il est très difficile de parler de souffrance et de détresse dans de tels moments. Pourtant cette souffrance existe. Cependant les conséquences de la prématurité ne sont pas une fatalité. Il est possible d'agir sur celles-ci que ce soit à court ou à long termes. Nous souhaitons également que la Belgique en initiant une approche globale de la prématurité donne une impulsion positive en Europe pour que tous les prématurés et les familles ne soient plus laissés pour compte.», déclare Madame Gerkens, députée écolo.
11:58 Publié dans Santé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : la prématurité est le parent pauvre de nos politiques de santé p |
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