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05/12/2009

Recherche dans le domaine de l'ophtalmologie

Dans le cadre du congrès Ophthalmologia Belgica  (www.ophthalmologia.be) rassemblant les ophtalmologues de Belgique, de jeunes scientifiques belges se sont vus remettre des bourses de soutien pour leurs travaux de recherche dans le domaine de l'ophtalmologie. Les trois premiers prix financés par la Fondation Ligue Braille ont été attribués par le FRO (Fonds pour la Recherche en Ophtalmologie).

Le Fonds pour la Recherche en Ophtalmologie (FRO) représente une initiative belge unique en Europe. En effet, le FRO vise à stimuler la recherche en ophtalmologie par l'octroi de bourses à de jeunes chercheurs. Une aide précieuse dans un domaine où les projets de recherche sont nombreux et nécessaires, mais manquent souvent de moyens financiers pour être menés à bien.


Depuis 2006, la Fondation Ligue Braille s'associe au FRO pour soutenir la recherche scientifique en ophtalmologie. La Fondation Ligue Braille a pour mission de favoriser le développement de nouveaux traitements pour soigner les pathologies visuelles. À titre exceptionnel, en cette année du Bicentenaire de la naissance de Louis Braille, la Fondation Ligue Braille a remis un 'prix spécial Louis Braille' en plus des deux prix habituels. Cette année, la  contribution de la Fondation s'élève à 75.000 euros.

Rendus public, , lors du congrès Ophtalmologia Belgica 2009, les projets primés ont été sélectionnés par un jury international qui a évalué leur valeur scientifique, leur originalité, leur faisabilité et leur importance pour l'ophtalmologie. Les projets soutenus par la Fondation Ligue Braille sont ceux des Docteurs Nadia Zakaria, Valérie Elmaleh et Ingeborg Stalmans.

Le Prix Spécial Louis Braille. Améliorer la transplantation de la cornée, un projet de recherche de Nadia Zakaria (UIA).
La cornée est une structure transparente qui protège l’œil du monde extérieur et qui focalise la lumière de façon à ce que l’image arrive sur la tache jaune (macula) de la rétine. Ce hublot de notre œil peut perdre sa transparence à la suite de nombreuses maladies, ce qui provoque une mauvaise vision voire une cécité. Une transplantation de cornée est généralement une solution pour autant que les cellules épithéliales soient présentes. Elles empêchent la croissance des vaisseaux sanguins de la conjonctive dans la cornée, ce qui provoquerait son opacification. Les cellules épithéliales cornéennes peuvent être mises en culture et, après expansion, être transplantées sur une membrane neutre au plan biologique et immunologique. Cette transplantation offre de très bonnes chances de réussite à condition que les cellules souches proviennent du patient. Si elles proviennent d’un donneur, les chances de réussite de la transplantation diminuent considérablement. Pour éviter le phénomène de rejet, les cellules épithéliales cornéennes peuvent être traitées de manière à mieux résister au rejet. Il existe plusieurs méthodes à cet effet, notamment l’électroporation. L’électroporation consiste à perturber la membrane cellulaire des cellules épithéliales de telle sorte que de petites parties de l’ARN1 cellulaire sont remplacées par de l’ARN manipulé, plus résistant au rejet. Si les expériences donnent les résultats escomptés en laboratoire, elles pourront être appliquées sur des modèles chez l’animal pour ensuite, en cas de succès, être appliquées chez l'homme. Les chances de réussite de la transplantation de cellules souches de l’épithélium cornéen pourraient être considérablement augmentées, ce qui ferait reculer les limites au-delà desquelles survient le rejet après transplantation de cellules souches.

Le premier Prix Fondation Ligue Braille. Recherche d'un traitement de l'uvéite auto-immune, un projet de recherche de Valérie Elmaleh (ULB). L’uvéite est une maladie se manifestant par un œil rouge, douloureux et parfois par une baisse de la vision. Il en existe de multiples causes, notamment infectieuses. Le travail de la chercheuse porte ici sur la forme auto-immune : lorsque l’inflammation est due aux propres cellules de l’individu réagissant contre l’œil. Les traitements existant pour cette maladie sont lourds à supporter et entraînent souvent de nombreux effets secondaires. C’est pourquoi, il est capital de développer de nouvelles thérapeutiques. Une approche thérapeutique locale serait particulièrement intéressante. En effet, les patients atteints d’uvéite auto-immune ont rarement d’autres organes atteints, en dehors de l’œil. Malheureusement, quand un médicament est injecté directement à l’intérieur d’un œil, il est progressivement dégradé et des injections répétées sont donc nécessaires. Ceci est traumatisant et parfois risqué dans un œil déjà enflammé. Une approche originale de ce problème est d’utiliser des vecteurs : des virus qui servent à transporter le traitement actif. Une fois injecté dans l’œil, le vecteur s'intègre dans les cellules oculaires qui produisent ensuite elles-mêmes leur médicament. Ces vecteurs sont composés de deux parties principales : un gène d’intérêt et un promoteur. Le gène d’intérêt est, par exemple, le futur médicament tandis que le promoteur est un ensemble de molécules qui vont permettre d’assurer la production du gène d’intérêt par les cellules oculaires. Actuellement, les promoteurs déjà disponibles sont capables de produire le gène d’intérêt de manière continue. Cependant dans une maladie inflammatoire où le médicament ne devrait idéalement être produit que lorsqu’il y a inflammation, cette production constante n’est pas souhaitable. Il faut donc améliorer la régulation de la production du médicament, c’est-à-dire le promoteur. Ceci est précisément le sujet du projet de travail de Valérie Elmaleh. Son équipe de recherche a utilisé un vecteur qui ne produit le médicament que lorsqu'il y a inflammation. Dans cette phase préliminaire, le vecteur ne produit pas encore le médicament, mais il produit une molécule de couleur verte, facilement détectable en microscopie. Les tests de la chercheuse sont encourageants car ils montrent que le vecteur ne s'active que lorsque les animaux sont malades. Valérie Elmaleh souhaite utiliser un vecteur qui ne produira plus simplement une protéine verte, mais un véritable médicament. Dans l'objectif d'obtenir un système où le développement de l’uvéite modulerait la production de son propre traitement.

Le deuxième Prix Fondation Ligue Braille. La Neuroglobine, une perspective thérapeutique pour le glaucome. Un projet de recherche d'Ingeborg Stalmans (KUL). Le glaucome est une affection chronique du nerf optique. Elle est la deuxième cause de cécité irréversible. Cette maladie est caractérisée par une perte progressive des neurones de la rétine, ce qui entraîne une perte du champ visuel. Actuellement, le traitement vise une baisse de la pression intraoculaire. Cependant, un manque d’oxygène dû à un apport sanguin insuffisant est également à prendre en considération. Certains patients ayant une bonne pression intraoculaire développent néanmoins une perte du champ visuel progressive. Pour ces raisons, un traitement uniquement focalisé sur la pression intraoculaire élevée ne suffit pas. De nouvelles stratégies s’imposent afin de mieux protéger les neurones optiques. Un meilleur apport d’oxygène aux cellules ganglionnaires pourrait constituer une nouvelle forme de traitement. La Neuroglobine (Ngb) est une molécule qui peut lier et distribuer de l’oxygène aux tissus. Elle se trouve surtout dans des tissus neuraux. La Neuroglobine joue un rôle protectif lors d’apport sanguin insuffisant au cerveau. La rétine contient une grande concentration de Neuroglobine. Cette dernière est présente en de plus grandes quantités dans les yeux de patients atteints du glaucome avancé. Ingeborg Stalmans et son équipe estiment que la Neuroglobine pourrait jouer un rôle protectif pour les cellules ganglionnaires des patients atteints du glaucome. Il faudrait déterminer si les modèles animaux ayant le plus de Neuroglobine sont moins enclins à développer le glaucome. La chercheuse envisage d'augmenter les concentrations de Neuroglobine dans la rétine animale à l’aide de la thérapie génique, dans le but de protéger les cellules ganglionnaires et de retarder le glaucome. Si les expérimentations, réalisées en laboratoire, produisent l’effet escompté, elles pourraient être appliquées lors d'études cliniques. Cela signifie qu'outre le traitement pour la pression intraoculaire, on disposerait d’un traitement qui anticiperait la disparition des neurones à cause d’un manque d’oxygène. Influencer ces deux facteurs qui jouent un rôle dans le développement du glaucome est l'objectif de la chercheuse. Cela pourrait améliorer considérablement la qualité de vie des patients atteints du glaucome.

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