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14/04/2009

Rencontre avec le Professeur Lengelé: "C’est dans un laboratoire belge qu’a été élaborée la 1ère greffe mondiale du visage"

On entend souvent dire que la Belgique reste à la traîne et ce dans de nombreux domaines. Pourtant, il en est un où elle excelle et est même une pionnière : la greffe de visage.

Rappelez-vous , en 2005, des chirurgiens français avaient réalisé la première greffe mondiale du visage, à Amiens. Mais saviez-vous que toute la conception de cette greffe avait été réalisée dans le laboratoire de Morphologie expérimentale du professeur Benoît Lengelé aux cliniques universitaires Saint-Luc ? Il en est le concepteur et le co-directeur.
Et convaincus par les bons résultats de cette technique, les chirurgiens américains, qui ont eux-mêmes réalisé une greffe de visage la semaine passée, sont venus préparer leur intervention à Bruxelles.
“Voici un an que les chirurgiens américains m’ont présenté ce cas”, raconte le professeur Benoît Lengelé, directeur du département de morphologie expérimentale de l’UCL et chirurgien plasticien réparateur.
“Durant quatre jours, nous en avons discuté et nous avons élaboré une programmation opératoire et un processus d’étude : nous avons étudié la manière de refaçonner le visage et conçu l’intervention qui a été répétée sur des sujets anatomiques. Nous devions savoir comment et où prélever le greffon et mettre au point une stratégie de construction : quels nerfs, muscles ou vaisseaux avions-nous besoin ? Comment les disséquer ? Comment les greffer ?”
Le greffon devait réparer l’étage moyen du visage : le nez, les joues, les pommettes, la lèvre supérieure, les os maxillaires et le palais. “Ce qui était nouveau car lors de la première intervention, en 2005, nous n’avions pas à reconstruire les os”, poursuit le professeur Lengelé.
Cette nouvelle intervention constitue un important progrès. “Elle fait entrer la transplantation faciale dans les techniques chirurgicales reproductibles bien admises pour effectuer la réparation d’une défiguration sévère. En 2005, la pr emière greffe du visage avait été fortement critiquée. Mais aujourd’hui, on voit un peu partout dans le monde , des équipes se former et les techniques s’affiner. On peut être fier que la Belgique ait été le point de départ de tout cela et puisse faire profiter les autres de ce qui a été mis en évidence dans un de ces laboratoires.”  (Source: Caroline Boeur)

Votre quotidien a rencontré le professeur Benoît Lengelé, pionnier de la greffe de visage.
Qui peut bénéficier d’une greffe du visage ?
“Il n’y a pas de contre-indication. Toute personne sévèrement atteinte de la face peut en bénéficier lorsque la chirurgie conventionnelle réparatrice rencontre des difficultés et demande plusieurs lourdes opérations et ce sur plusieurs années.”
Quels sont les avantages et les inconvénients ?
“Le patient ne subit qu’une seule opération et on ne prélève aucun tissu sur son propre corps. Il récupère sa sensibilité et sa motricité : il peut boire, manger et faire bouger ses lèvres. Par contre, comme toute greffe, le patient doit suivre un traitement immunosuppresseur à vie.”
Cette opération peut se faire à tout âge ?
“Aucune greffe de visage n’a été réalisée sur un enfant car cela pose des problèmes particuliers. D’abord, il faut trouver un donneur du même âge, ce qui est moins courant. Ensuite, c’est imposer un traitement immunosuppresseur à un enfant à vie. Quant aux adultes, il n’y a pas vraiment d’âge limite : des jeunes adultes jusque 60 ans environ.”
Combien ça coûte ?
“Il ne peut y avoir de différence selon que l’on soit riche ou pauvre dans ce type d’intervention. Lorsque l’on est sévèrement défiguré, ce qui entraîne un handicap à vie, tout le monde doit pouvoir profiter de telles techniques d’intervention. Elles sont donc remboursées par la sécurité sociale et coûtent environ 200.000 €.”
Quel est le rôle de Bruxelles ?
“Nous avons été les premiers à mettre en place un centre spécialisé dans ce genre de greffe, en partenariat avec les villes le Lyon et d’Amiens. Dans l’Europe d’aujourd’hui, on ne peut concevoir de tels centres dans une seule ville, sauf si elle rassemble assez d’universités. Nous avons besoin des meilleurs donc on va les chercher là où ils sont. Amiens est spécialisée dans la chirurgie, Lyon dans les greffes et Bruxelles dans la conception et le développement de la technique et de la logistique.”
Il faut en exprimer la volonté clairement et sans équivoque
La greffe de visage réalisée la semaine passée est une allogreffe : la peau du greffon est prélevée sur le corps d’une personne en état de mort cérébrale, contrairement à une autogreffe où la peau est prélevée directement sur le patient.
“C’est parfois difficile de trouver un donneur, explique le professeur Benoît Lengelé. On cherche une invisibilité relative : il ne faut pas que le greffon se voie et donne l’impression d’être une pièce rapportée. Nous devons trouver un donneur du même âge environ avec une couleur de peau similaire ou qui s’en rapproche le plus possible. Je tiens d’ailleurs à remercier les donneurs car c’est grâce à eux si des progrès peuvent être faits.”
Si vous souhaitez faire don de votre corps à la science, sachez que vous devez exprimer cette volonté de façon claire et sans équivoque dans un document écrit de votre main, daté et signé. Vous devez en garder une copie et envoyer l’original à la faculté universitaire de médecine de votre choix (unité ou laboratoire d’anatomie humaine).
Un accusé de réception ou une fiche à joindre à votre carte d’identité vous sera envoyé. Il est recommandé d’en parler avec les membres de la famille, qui, lors du décès, devront informer la commune en lui remettant la fiche et prévenir le plus rapidement possible le laboratoire d’anatomie. La dépouille sera transférée au plus tard dans les 48h après le décès. Plus d’informations auprès des différentes universités belges.

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